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Appaloosa

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Quand on a déjà vu Skye sur scène, quand on l’a déjà écoutée en public, toute seule avec sa guitare à l’envers, ancrée dans le sol, genoux légèrement fléchis, souple, on se pose une question : comment va-t-elle faire pour capturer sur un album studio cette générosité, cette énergie et cette fragilité qui rendent ses concerts inoubliables ?

Et finalement la réponse est simple : pour Appaloosa, elle a donné rendez-vous à quelques grands musiciens et ils ont enregistré ensemble ses chansons, ils ont enregistré live.
La beauté de la scène, c’est l’éphémère. C’est un moment unique, un son vivant. Le live c’est une manière d’être vivante. C’est comme ça que je peux donner. Il s’agit d’être en place au bon moment. Il s’agit d’être heureuse d’être là.Skye avait travaillé ses chansons avec sa voix et sa guitare. Avec Jean-Michel Kajdan, elle avait jeté quelques accords sur le papier pour donner des repères aux musiciens. Quand les répétitions ont commencé, tout est parti de la voix et de guitare.
Pour chaque chanson, on a pris le temps de se mettre d’accord sur une idée, une combinaison d’instruments, un son. A partir, de là, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient et ça a été très vite. On s’est trouvés très vite.Cet électron libre aux claviers, vous l’entendez ?

Avant même que les textes se mêlent de dire son Amérique à elle, une Amérique métaphore de l’immensité du monde, du travail de titan que doit entreprendre une petite fille qui grandit pour trouver sa place, une femme pour s’apprendre à oser, à prendre confiance en ses choix, ses idées, ses envies, avant même que les textes la donnent à voir, cette Amérique, la musique en parle, rend la chaleur du sud, cette évidence qu’il y a là-bas à chanter, à vivre dans le mouvement des notes, de la pulsation.

Ça commence avec Sourire. On dirait qu’ils sont au fond d’un canyon, on dirait qu’ils ont allumé un feu. Le décor est planté, un paysage de grande ampleur. Et ce qu’elle installe dans ce paysage, c’est son intimité.

On sent la soul music qui vit en elle, la folk music qui l’accueille quand elle décide de se pencher sur les longs mercredis de pluie en Normandie, les silences et les failles de l’enfance.
La folk, c’est le blues du blanc. Il y a quelque chose de très mélancolique. On est sur la route à regarder derrière. La soul c’est l’espoir. Il y a une force, une solidité. C’est une autre voix, je ne vais pas la chercher au même endroit du fond de mes tripes.
Et toujours cette guitare rivée à son ventre. On la suit, cette guitare. De chanson en chanson. Elle est un repère tout près de la voix. Quel échange mystérieux s’opère entre le ventre et la guitare, les deux caisses de résonance ?

Il semble que la paix soit aussi un repère, de ces bornes qu’on perd souvent de vue, mais retrouve, car peu à peu on sait vivre dans la conviction qu’elles sont là, pas loin, nous accompagnent. La paix émaille ses textes. Skye revient toujours s’appuyer dessus pour dire l’amour et son épanouissement.
L’appaloosa galope dans la poussière. Le petit cheval reste obstinément sauvage, indomptable.
L’état brut ne signifie pas la liberté. Je voulais quelque chose comme ça. Pas forcément libre mais brut, sauvage.

Résister à toutes les tentatives d’apprivoisement est une nécessité pour l’artiste. Il s’agit d’être à la hauteur de sa propre exigence et de ne pas mettre en danger l’authenticité, le lien avec le territoire, tout au fond, la terre dont on est fait, le fil d’eau claire qui la nourrit.
Ici Skye et sa guitare vibrent comme sur la scène. Ici elle est entourée par une équipe de rêve, un petit cercle un écrin.

Denis Lachaud

(Denis Lachaud est écrivain.
Ses romans et ses pièces de théâtre sont publiés chez Actes Sud).